Interventions régionales au congrès CNGE 2018

 

Jeudi 22 novembre - 

Dépistage et diagnostic

Dépistage systématique des violences conjugales faites aux femmes en médecine générale 

 

 

 

Présentateur: Noémie DEPARIS, Marseille 

Session : Dépistage et diagnostic 

Le jeudi 22 novembre 2018, 09:00 


Contexte : La violence conjugale constitue un problème majeur de santé publique.  En France, 1 femme est tuée par son partenaire ou ex-partenaire tous les trois jours. Chaque année, 1 % des femmes françaises déclarent être victimes de violences physiques et/ou sexuelles au sein du couple. L’incidence de violence conjugale reste pourtant sous-estimée. Les femmes victimes ont peur d’en parler. Les médecins généralistes ne posent pas la question.

Objectif /Questions : L’objectif de ce travail était d’évaluer l’impact d’un dépistage systématique de la violence conjugale envers les femmes en cabinet de médecine générale .

Méthode : Un premier questionnaire a été envoyé à 174 médecins généralistes installés. Les médecins ayant répondu au premier questionnaire ont été recontactées pour réaliser un dépistage systématique des violences conjugales à l’aide du questionnaire WAST pendant 5 jours de consultation. Les données de cette étude quantitative observationnelle ont fait l'objet d'une analyse descriptive.

Résultats (résultat principal et autres résultats (+/-) : Onze médecins ont participé au dépistage systématique. Parmi les 263 femmes interrogées pendant 5 jours, 14 ont été déclarées par le médecin généraliste comme victimes de violence conjugale (5,32%). Parmi les femmes victimes, 85 % subissaient des violences psychologiques et 50 % des violences sexuelles. Les difficultés le plus fréquemment éprouvées pour réaliser le WAST de manière systématique étaient sa réalisation chez une patientèle connue de longue date ou de façon personnelle et la peur d’une intrusion dans la vie privée. Plus de la moitié des médecins (54,5%) pensaient qu’un dépistage par signes d’alarme restait suffisant.

Discussion (Limites, forces et perspectives) : Un dépistage systématique de la violence conjugale permet de dévoiler un plus grand nombre de femmes victimes (5,32%) qu’un dépistage passif (0,84%). Alors que le questionnaire WAST est un outil de dépistage des violences conjugales validé, seulement 36,4 % des médecins de notre étude seraient prêts à l’introduire dans leur pratique habituelle. D'autre part, ils pensent que le dépistage par signes d’alarme reste suffisant. La violence conjugale reste un sujet tabou parce qu’elle est considéré comme un problème de la sphère privée. Il est nécessaire de briser le tabou sur le sujet des violences conjugales pour bien repérer et prendre en charge les femmes victimes.

 

Formation et recherche

Temps de parole en congrès de médecine générale 

 

 

 

Présentateur: Hélène CARRIER, Marseille 

Session : Formation et recherche 

Le jeudi 22 novembre 2018, 14:00 


Contexte : Les communications orales en congrès sont un moyen de valoriser et transmettre les résultats scientifiques d'une discipline. Respecter le temps de parole lors de ces communications peut participer à son impact auprès de l’auditoire. Cela signifie que le discours a été maîtrisé, que les principaux résultats ont été sélectionnés, et que l’orateur a eu le temps nécessaire pour exposer ses conclusions.

Objectif /Questions : Évaluer le respect du temps de parole des intervenants aux Congrès de la Médecine Générale France (CMGF), et rechercher les déterminants de ce temps de parole.

Méthode : Une étude descriptive rétrospective a inclus les communications orales présentées au CMGF de 2012 à 2016. Une analyse descriptive des caractéristiques des ces communications et de leurs orateurs a été réalisée à partir des vidéos disponibles. Les orateurs ont été interrogés par courriel sur d’autres déterminants potentiels du temps de parole, dont l’influence a été recherchée par des analyses univariée (test de student) et multivariée (régression linéaire).

Résultats (résultat principal et autres résultats (+/-) : Seul 14.3 % des orateurs respectait le temps de parole maximal imposé de 8 minutes. En analyse multivariée, le temps de parole moyen était significativement augmenté chez les enseignants et orateurs non médecins généralistes. Il diminuait significativement lorsque les orateurs ressentaient un fort niveau de stress.

Discussion (Limites, forces et perspectives) : Les orateurs les plus confiants et ayant un profil expérimenté ou atypique (enseignants ou orateurs non médecins généralistes) parlent plus longtemps lors de leurs communications orales en congrès de médecine générale. Ces paramètres ont plus d'effet que les stratégies de préparation. Il serait intéressant de rechercher d'autres facteurs influençant ce temps de parole pour dégager des pistes d'améliorer de son respect en congrès. A notre connaissance, il s’agit ici de la première étude s’intéressant aux déterminants du temps de parole des communications orales en congrès scientifique. L’intégralité des communications disponibles en vidéos pour les congrès CMGF de 2012 à 2017 a été analysée. Un seul congrès, le CMGF, a été étudié. Il serait intéressant de réaliser une étude similaire sur d'autres congrès, français et internationaux. Selon les nationalités et les cultures, le respect de la règle ou plus généralement la soumission à l’autorité peuvent varier.

 

Parcours de soins

Prise en charge des patients présentant des troubles psychiques : étude qualitative des pratiques et des besoins des médecins généralistes 

 

 

 

Présentateur: Maëva JEGO, Marseille 

Session : Parcours de soins 

Le jeudi 22 novembre 2018, 14:00 


Contexte : Les patients présentant des troubles mentaux ont une espérance de vie réduite par rapport à la population générale. Leur surmortalité est en partie liée à des comorbidités somatiques et aux effets secondaires des traitements à visée psychiatrique. Ces patients présentent des besoins de soins complexes, medico-psycho-sociaux, nécessitant prise en charge pluridisciplinaire, dont le médecin généraliste (MG) est l’acteur central. Pourtant, des difficultés pour le MG à prendre en charge ces patients et des carences dans la collaboration entre médecins généralistes et specialistes en santé mentale ont été relevées.

Objectif /Questions : Explorer les pratiques et les besoins des MG lorsqu’ils suivent des patients présentant des troubles mentaux.

Méthode : Etude qualitative menée entre Juin et Juillet 2017, à l’aide d’entretiens semi-dirigés auprès des MG recrutés par échantillonnage raisonné.  Les entretiens ont fait l’objet d’une analyse de contenu inductive.

Résultats (résultat principal et autres résultats (+/-) : Sur 94 MG contactés, 22 ont accepté de participer et ont été interviewés. Ils identifiaient comme “troubles mineurs” principalement les troubles anxio-dépressifs et se sentaient à l’aise pour les prendre en charge de façon globale, sans recourir aux psychiatres. A l’opposé, ils s’impliquaient peu dans la prise en charge, même non psychiatrique, des patients qu’ils jugeaient présenter des troubles sévères. Ils trouvaient les situations de crise (représentées par les décompensations aigues et les patients en agitation aigue) difficiles à gérer et adressaient souvent ces patients aux urgences. Les MG perçevaient les services de santé mentale comme opaques et exprimaient des difficultés importantes pour communiquer et collaborer avec eux. Ils demandaient et proposaient des solutions pour améliorer la collaboration entre les MG et psychiatres.

Discussion (Limites, forces et perspectives) : Seuls 22 médecins généralistes sur les 94 contactés ont accepté de participer : il est probable que ces médecins étaient particulièrement intéressés par la santé mentale. Cependant une bonne diversité a été obtenue sur les critères visés. Leur implication nous a permis d’obtenir un discours riche de propositions pour des actions pragmatiques pour améliorer la prise en charge des patients présentant des troubles psychiques.  Une meilleure communication avec des liens renforcés entre MG et psychiatres permettrait de réduire les difficultés des MG dans le suivi de ces patients et de maintenir une prise en charge globale centrée-patient. Cette étude donne des orientations pour la construction d’un modèle collaboratif qui pourrait secondairement être évalué. 

Plénière:

Improving health care management in primary care for homeless people: a literature review

Pas de résumé.

Maëva Jego  - Julien Abcaya , Céline Calvet-Montredon , Stéphanie Gentile

 

PASSAGE : Parcours de soins et vécu du suivi par les patients bénéficiaires de l'Aide Médicale d'Etat en médecine générale 

 

 

 

Présentateur: Stéphan TOUATI, Marseille 

Session : Précarité et soins premiers 

Le vendredi 23 novembre 2018, 09:00 


Contexte : Les migrants en situation irrégulière ont un état de santé dégradé par rapport au reste de la population. Malgré le dispositif d’Aide Médicale d’Etat (AME), ils font face à de multiples barrières à l’accès aux soins. Mieux comprendre leurs rapports aux soins premiers est un levier pour améliorer leur accès aux soins et de leurs trajectoires de soins. Peu de travaux ont exploré le ressenti de ces patients quant à leur suivi en soins premiers.

Objectif /Questions : Explorer les représentations des soins et le vécu de la prise en charge en médecine générale ambulatoire des patients bénéficiaires de l’AME.

Méthode : Une étude qualitative a été menée auprès de patients bénéficiaires de l’AME, recrutés par échantillonnage raisonné via leurs médecins généralistes et lors de consultations de Protection Maternelle et Infantile, entre décembre 2016 et mars 2017. Des entretiens semi-dirigés exploraient les représentations des soins, recours aux soins premiers, et attentes des bénéficiaires de l’AME vis-à-vis de leur médecin généraliste. Ils ont fait l’objet d’une analyse de contenu inductive, triangulée par 2 chercheurs.

Résultats (résultat principal et autres résultats (+/-) : Au total, 14 patients ont été interviewés. Les représentations des soins étaient façonnées par l’irrégularité de séjour qui engendrait une vulnérabilité sociale et sanitaire. Le recours aux soins et la rencontre avec la médecine générale ambulatoire dépendaient de la qualité d’un tissu social spécifique (associations, liens communautaires, travailleurs sociaux). La prise en charge des patients bénéficiaires de l’AME en médecine générale faisait apparaître des attentes principalement relationnelles.

Discussion (Limites, forces et perspectives) : cette étude a permis une compréhension en profondeur des parcours, représentations et recours en soins premiers des bénéficiaires de l’AME. Les résultats de cette étude restent cependant circonscrits à une catégorie spécifique de patients bénéficiaires de l’AME : ceux ayant pu s’affranchir de la barrière de la langue dans leur parcours médico-social. Le tissu social des patients bénéficiaires de l’AME est déterminant dans leur recours aux soins premiers. S’il est nécessaire de prendre en compte leurs représentations des soins et leurs attentes envers le médecin généraliste, il faut réfléchir aux moyens de stabiliser leurs modalités d’accès aux soins. 

Violences et Souffrance

Représentations des futurs et jeunes généralistes sur les violences sexuelles en contexte conjugal 

 

 

 

Présentateur: Noémie DEPARIS, Salon De Provence 

Session : Violences et souffrances 

Le vendredi 23 novembre 2018, 11:10 


Contexte : L’actualité médiatique et politique a mis en lumière la violence de genre, en France comme à l’étranger. Malgré cela, les violences sexuelles restent empreintes de préjugées et de tabous. Les violences sexuelles commises par le partenaire intime, actuel ou ancien, font parties des violences les moins prises en compte par les professionnels de santé.

Objectif /Questions : Ce travail cherchait à mettre en évidence les représentations des futurs et jeunes médecins généralistes vis-à-vis des violences sexuelles en contexte conjugal.

Méthode : Une étude quantitative descriptive transversale a été réalisée de mars à mai 2018. Elle questionnait les internes de médecine générale, les chefs de clinique universitaires et assistants universitaires de médecine générale, ainsi que les jeunes médecins généralistes non thésés ou thésés depuis moins de 5 ans. Leurs perceptions du consentement et de la violence sexuelle étaient évaluées à l’aide de 8 vignettes cliniques. Ces dernières présentaient des situations plus ou moins représentatives de la violence sexuelle en contexte conjugal.

Résultats (résultat principal et autres résultats (+/-) : Les 850 futurs et jeunes médecins généralistes ayant répondu au questionnaire en ligne avaient des difficultés à poser des limites à la définition de la violence sexuelle en contexte conjugal. Les 3 situations qui se démarquaient par leur unanimité à être déclarées comme des situations de violence sexuelle conjugale étaient celles abordant : un rapport sexuel sous chantage à la publication de données intimes sur les réseaux sociaux, une fellation forcée et un rapport sexuel forcé dans un contexte de violences conjugales physiques, psychologiques et verbales. Le vécu et la santé sexuelle des médecins participants, au travers des 82 généralistes (9,86%) se déclarant victimes de violences sexuelles conjugales, étaient des facteurs modifiant leurs propres représentations des violences sexuelles en contexte conjugal.

Discussion (Limites, forces et perspectives) : Le viol conjugal a une définition juridique récente : jusqu’en 2010 il existait une présomption de consentement dans le mariage. S’il existe une libération de la parole sur la place publique, l’emprise du conjoint dans les situations de violences conjugales empêche souvent la victime de parler des violences subies. Le médecin généraliste est légitime pour poser la question mais doit faire face à ses propres a priori et représentations sur le sujet.